"Dans cent ans, dans mille ans,
Quand rien ne restera"

Mai, mois de Gabrielle...

En 1977 paraissait, aux éditions Cegna, dans une version bilingue franco-italienne, un recueil de 31 poèmes de Gabrielle, intitulé *Litanies pour une amante funèbre*, accompagné de photographies d'Irina Ionesco mettant en scène, dans des décors macabres, le groupe d'amies réunies autour de la photographe et de Gilles Rimbault. Les exemplaires, devenus très rares, s'échangeaient à des prix prohibitifs depuis longtemps quand, sur l'insistante - et bienheureuse ! - suggestion de Karine Cnudde, mes dernières réserves à une réédition cédèrent le pas à l'enthousiasme de voir resurgir ces merveilleux bijoux nocturnes. Des photos illustratrices, il n'était plus question, aussi me tournai-je vers un ensemble de collages rassemblés sous le titre de *Madeleine*, pour venir scander, dans leur nouvel écrin, les 31 poèmes du recueil. Grâce au superbe travail de Valérie Maffi, l'ouvrage est donc reparu en mai 2017, chez Le Vampire Actif, dans la collection "Les Échappées", avec une préface d'Éric Dussert. 31 litanies, 31 déclarations d'amour à la mort, dont ce rappel obsédant de notre finitude prochaine : "Mais la terre..." :

"MAIS LA TERRE...

De mes doigts, les souvenirs
Tombent dans un vide vide.
Coup de bec, la seconde me décharne,
Voici que tout miroir m'oublie.
Je perds les piastres de mon trésor,
Sème les lueurs de mon iris.
Mon nom tremble dans les eaux.
Gelée, les mots glissent,
Fil d'œuf. Et moi, pleur végétal,
Je coule puis sèche et me pétrifie,
Enfin pierre ponce,
Enfin sans pesanteur et minéral.
Je ne suis plus qui je fus, m'abandonne,
Dégorge dans l'éructation des volcans.
Ma belle, je t'aurais aimée, dis-tu,
Mes artères, coraux, le disent,
Le diront peut-être, le diront
Dans cent ans, dans mille ans,
Quand rien ne restera,
Mais la terre et la terre et la terre et la terre..."

"Mais la terre...", in *Litanies pour une amante funèbre*, recueil de 31 poèmes illustrés de collages de l'auteur, éd. Le Vampire Actif, 2017