Extrait 18 : Giacomo Casanova

"Mais Zanetta interrompit mon entreprise de déshabillage :

- Restons-en là car, voyez-vous, je ne voudrais pour rien au monde me trouver en une aussi fâcheuse situations que celle dans laquelle se trouva ma mère. Toute ma vie en serait ruinée.

- Ne craignez rien, charmante Zanetta, nos embrassements ne laisseront nulle trace malencontreuse et vous n'avez nul embarras à redouter. Nous possédons des artifices propres à déjouer les pièges de la nature.

Tranquillisée sur ce point, elle se laissa porter sur le lit que j'avais fait garnir des plus beaux draps mais comme je lui témoignai mon désir par une caresse plus secrète, elle me repoussa.

- Eh quoi, lui dis-je, une fille nette et fraîche comme vous l'êtes, peut-elle inspirer autre chose que le désir d'en savourer les fruits ? Et vivant en un lieu où ne sont que des filles, n'avez-vous jamais eu connaissance de ce genre de baiser ?

- J'entends quelquefois parler de badinages mais jusqu'ici j'avais toujours pensé que les doigts de la harpiste y avaient plus de part que les lèvres de la flûtiste."

Gabrielle WITTKOP, Usages de faux, éditions Verticales, octobre 2018, avec une préface de Jean-Baptiste DEL AMO