Extrait 12 : Edmond et Jules de Goncourt

"13 juin.

Passons chez Gustave Moreau qui, levé à l'aube, est au travail depuis sept heures du matin. Il peint avec une sauvagerie de cannibale et des raffinements de bourreau chinois. L’œil candide, le nez retroussé, ce tranquille petit bonhomme se met soudain en fureur à la moindre contradiction sur ses vues, explose en imprécations volcaniques contre l'incompréhension que rencontrent ses deux toiles, Orphée et Le jeune homme et la Mort, à l'Exposition Universelle. Et cela sans s'interrompre de travailler, continuant de tatouer les longs corps pâles de ses Muses quittant Apollon, une composition verticale très italianisante, où chaque détail s'articule dans la parfaite harmonie de l'ensemble. Et là, cette fois encore bien visible, l'influence de Mantegna."

Gabrielle WITTKOP, Usages de faux, éd. Verticales, octobre 2018, avec une préface de Jean-Baptiste DEL AMO