Extrait 4 : D. A. F. de Sade

(Deux jours après le 98e anniversaire de naissance de Gabrielle, c'est un heureux hasard qui fait se rencontrer l'extrait du mardi et ce pastiche de son maître en écriture, le marquis de Sade. Deux répliques d'un "dialogue entre un prêtre et un moribond" qui permet à Gabrielle de rappeler sa vision matérialiste du monde, telle qu'elle l'a découverte chez La Mettrie et d'Holbach, avant de la faire sienne.)

"LE PRÊTRE : Le médecin chrétien s’efforce de corriger les désordres d’une nature corrompue par la faute originelle.

LE MORIBOND : N’invoque pas cette nature dont tu méconnais grossièrement l’essence ! Elle est sublime en sa force intrinsèque et, étant son propre principe moteur, n’eut jamais besoin d’un céleste laquais pour lui tourner la manivelle. Elle est constituée d’atomes qui se rencontrent, s’agrègent et se désagrègent dans le vide, non sous l’action d’une quelconque divinité, mais en vertu de règles qui nous échappent et sont étrangères à tout ordre moral. Si elle peut nous sembler sauvage, c’est qu’elle obéit à ses lois secrètes et si nous lui voyons parfois de la férocité, elle est pourtant dépourvue de cette cruauté qui est la marque de l’homme."

Usages de faux, Gabrielle WITTKOP, éd. Verticales, 2018