Je me rappelle avec trop d'émotion ma découverte de l'œuvre de Gabrielle, pour ne pas être sensible, malgré les réserves qu'il apporte à son admiration, aux propos de Jean-Claude Trutt sur son blog personnel, suite à sa lecture récente des Rajahs blancs, de Sérénissime assassinat et de La Marchande d'enfants. Ayant entendu parler d'elle par l'article - superbe - que lui consacrait Benjamin Fau dans un numéro du Monde de mai, il a voulu lire celle qui avait évoqué un thème qu'il maîtrise parfaitement: les rajahs de Sarawak. D'abord attentif au contenu, et confirmant ce que je savais déjà, à savoir l'extrême rigueur historique de Gabrielle, il a fini par porter attention au style de son roman. Mais je vous laisse lire tout cela sur son blog ici.

Ce que j'aimerais simplement ajouter, c'est qu'il perçoit avec justesse toute la réserve que Gabrielle mettait dans ses interviews. On lui a reproché de jouer un rôle, de poser à la criminelle et de n'être pas aussi effrayante que ses écrits (ridicule Savigneau, qui lui aurait reproché tout autant d'être à la hauteur de ses écrits, puisque l'essentiel, à ses yeux, était de dévaluer Gabrielle, de la réduire à la stricte mesure de son intelligence racornie, et surtout de s'enorgueillir, dans son lesbianisme phallocide, de sa supériorité sur les hommes qui seuls, peuvent se laisser prendre à de tels charmes... S'il faut être un homme pour succomber au style de Gabrielle, je suis heureux de ne pas être Josyane Savigneau!) Bref, je m'égare. Toujours est-il que Gabrielle jouait, effectivement, mais pas seulement pour semer les intervieweurs. Elle jouait par goût du jeu, par passion du théâtre, par désir intense de plaire, ce en quoi elle excellait. Cela, à mes yeux, n'a jamais signifié mensonge et duperie. De toute façon, la notion même de vérité, on le sait quand on a lu Gabrielle, est sujette à caution. La vérité, c'est ce qui ne s'entend pas, se tient celé au cœur de l'être. Je comprends le désir de monsieur Trutt de saisir le mystère Wittkop, ce "noyau d'infracassable nuit" qui irrigue son œuvre. Mais je ne suis pas certain qu'il y ait quelque intérêt à l'appréhender à la lumière trop aveuglante de la raison. Puisque l'imagination est la reine des facultés, qu'il lui fasse entièrement confiance pour donner à ce secret la forme qu'il lui conviendra de prendre dans son esprit. Quant à ce que fut ce secret pour Gabrielle elle-même, son enfouissement dans son œuvre est la plus sûre garantie de son occultation définitive. Et ce n'est pas pour me déplaire!

Nikola...