Certains s'étonneront que je m'étonne de si peu, tant leurs univers se répondent. D'autres s'amuseront - et à juste titre - que je me réveille si tard. Mais il est un fait qu'avant qu'on me le signale - je remercie très chaleureusement Philippe -, je ne savais pas qu'Hervé Guibert avait lu Gabrielle Wittkop.

Il en parle, en 1989, dans L'Incognito (éd. Gallimard), aux pages 83-84. A un amant, Krupp, qui lui a offert un de ses écrits, il dit:

"Ça m'a fait penser à Gabrielle Wittkop. [...] Personne ne connaît Gabrielle Wittkop, un écrivain allemand d'une cinquantaine d'années mariée à un colonel à la retraite. Elle a écrit deux romans, Le Nécrophile et La Mort de C., dans lesquels elle s'identifie avec une aisance troublante, à certains types de maniaques: son premier héros fait tremper des cadavres d'enfants dans sa baignoire d'eau froide afin que leur anus de cire ne s'écharpille pas tout à fait sous ses assauts, le second rôde dans la fauverie du jardin des Plantes et étudie le système de verrouillage dans l'espoir de se faire dévorer par un tigre."

C'est succinct, mal informé (en 1989, Gabrielle approche les 70 ans, par exemple), un peu raide dans le résumé, mais tout de même, il l'a lue. Et comme je sais que Gabrielle aimait beaucoup les clichés de Guibert, je me plais à rêver à ce qu'aurait donné leur rencontre. Je me prends aussi à rêver que j'aurais pu connaître l'œuvre de Gabrielle bien avant, et par l'entremise d'un être très cher, si à cette époque, les yeux qui lisaient mon exemplaire de Guibert avaient eu l'heureuse chance de s'attarder sur le nom de cette "écrivain allemand".

Nikola...